Bréviaire de la haine
EAN13
9782702143520
ISBN
978-2-7021-4352-0
Éditeur
Calmann-Lévy
Date de publication
Collection
Calmann-lévy
Dimensions
22 x 14 x 2 cm
Poids
460 g
Langue
français
Fiches UNIMARC
S'identifier

Bréviaire de la haine

Calmann-Lévy

Calmann-lévy

Offres

CHAPITRE PREMIER?>PRODROMES?>Que l'on se souvienne de 1933, année de l'avènement de Hitler au pouvoir. Deux mois après que le maréchal Hindenburg eut confié à Adolf Hitler la constitution du gouvernement, les premières mesures contre les Juifs allemands entraient en vigueur. Le prélude en fut un boycott monstre des commerces juifs, organisé le 1er avril 1933 par un comité officieux présidé par Julius Streicher. Le 7 avril, deux premières lois étaient publiées, qui excluaient les Juifs des fonctions publiques et du barreau (sauf exceptions prévues pour les anciens combattants et les fonctionnaires ou avocats admis avant le 1er août 1914). Une loi du 22 avril excluait les médecins juifs des caisses de sécurité sociale : à une cadence rapide, une série d'autres dispositions législatives ou administratives éliminaient les Juifs de tous les secteurs de la vie du pays. Le 15 septembre 1935, les lois raciales de Nuremberg venaient apporter à l'antisémitisme allemand une note très caractéristique et nouvelle.Ces mesures suscitèrent dans le monde des réactions diverses : articles de journaux, meetings de protestation, formations de ligues et de comités, publications de Livres Bruns et autres. Ces réactions ne furent ni unanimes ni nettes, épousant tout naturellement les intérêts de certains camps politiques dressés contre d'autres camps, se heurtant souvent à un antisémitisme un peu partout latent. Les gouvernements n'intervinrent pas : les chancelleries cherchaient l'apaisement. Et ce que ces premières mesures discriminatoires pouvaient annoncer de sinistre, personne, ou presque, ne s'en doutait. Les Juifs tout les premiers.Qu'exterminations il devait y avoir, ne ressortait, du reste, nulle part des dogmes des nationaux-socialistes ni de leurs principaux écrits. Mein Kampf, où le mot « Juifs » revient presque à chaque page, est muet sur le sort qui leur sera dévolu dans l'Etat national-socialiste. Le programme officiel du parti était un peu plus explicite : il prévoyait (§ 4 et 5) ;
« Seul un compatriote (Volksgenosse) peut être citoyen. Celui seul qui est de sang allemand, indépendamment de sa confession, peut être compatriote. Un Juif ne peut pas être compatriote.« Celui qui n'est pas citoyen ne peut vivre en Allemagne qu'en tant qu'hôte et est soumis à la législation des étrangers. »
D'une manière plus précise les commentaires au programme exigeaient :
« § 3. — L'éviction des Juifs et de tous les non-Allemands de tous les postes responsables de la vie publique.« § 4. — L'arrêt de l'immigration des Juifs de l'Est ainsi que de tous les étrangers parasites ; l'expulsion des Juifs et étrangers indésirables. »
En ces premières années du régime, des grands chefs nationaux-socialistes, seuls Julius Streicher et Gœbbels avaient eu l'occasion d'exprimer publiquement des intentions sanguinaires.Streicher (extrait de discours) :
« C'est une erreur de croire que la question juive puisse être résolue sans épanchement de sang : cette résolution ne peut s'effectuer que de manière sanglantea. »
Gœbbels (extrait d'interview) :
« A mort les Juifs ! a été notre cri de guerre pendant quatorze années. Qu'ils crèvent enfinb. »
Mais de tels souhaits se retrouvent périodiquement sous la plume de polémistes particulièrement combattifs de tous les pays et sous toutes les latitudes.Hitler et ses principaux lieutenants envisageaient-ils à l'époque d'effacer le peuple juif de la surface de la terre ? Rien ne nous permet de l'affirmer : aucun document ou témoignage retrouvé ou produit à ce jour ne plaide en ce sens, et à vrai dire, nous penchons résolument vers la négative. Et tout d'abord, d'un point de vue idéologique, la théodicée nazie exigeait la présence de l'Ennemi, du « Gegenreich » (Anti-Reich) qui polarisait si bien la précieuse agressivité nationale : « Si le Juif n'existait pas, il nous faudrait l'inventer » (cité par Rauschning 1 n'était pas une vaine boutade ; on aura encore longtemps besoin de Juifs pour l'édification du IIIe Reich millénaire. D'un point de vue plus terre à terre, à quoi bon ? Il est tellement plus économique de les affecter aux travaux les plus durs, les parquant dans une réserve, par exemple. On détiendra ainsi des otages précieux : « Les Juifs sont la meilleure sauvegarde de l'Allemagne », disait Hitler à Rauschning : « ils seront les bienfaiteurs de l'Allemagne ! c » Et Alfred Rosenberg parlera encore au procès de Nuremberg de la solution « chevaleresque » de la question juive.A l'époque où nous sommes, il n'est certainement pas question d'une extermination physique, dans les cénacles du parti. Encore que chacun soit libre d'avoir ses idées personnelles : si Julius Streicher, ce psychopathe primitif, rêve de sang et de massacres, un autre obsédé à froid, Reinhard Heydrich, le chef de la police, y songe peut-être déjà, ainsi que le laisse entendre le témoignage de Dieter Wisliceny2. Parmi les tout premiers rôles (les foudres de Gœbbels nous paraissent avoir été davantage verbales) ces deux-là doivent être les seuls.Que les Nazis n'en soient venus au génocide que malgré eux en quelque sorte, poussés, emportés par les démons qu'ils avaient déchaînés, n'en dramatise que davantage le problème. Lorsque les accusés de Nuremberg, mis en présence des faits, assuraient qu'« ils n'en avaient rien su », ils mentaient pour la plupart : mais lorsqu'ils clamaient : « Nous n'avons pas voulu cela... » ils ne mentaient plus. Car telle est l'histoire de la majorité des crimes. Cela nous rappelle que les Nazis, aussi criminels qu'ils aient été, n'étaient que des hommes...FONDEMENTS ET SENS DE L'ANTISÉMITISME HITLÉRIEN?>Le sort des Juifs allemands, cependant, devient rapidement dramatique. Une première série de mesures les évince des professions libérales, de l'administration, de l'enseignement : leurs commerces sont soumis à un boycottage de plus en plus strict. Notons que, sauf exceptions isolées, leurs personnes ne font pas encore l'objet de sévices : et Gœbbels peut proclamer : « Man krümmt den Juden kein Haar ! » (« On ne touche pas à un cheveu des Juifs ! ») Mais d'autres mesures suivent, qui étonnent vivement l'imagination, aucune civilisation humaine n'ayant jamais connu rien de pareil (ou du moins sous cette forme). En automne 1935, les lois de Nuremberg interdisent, sous peine de sanctions très sévères, les rapports sexuels entre Allemands et Juifs. La première loi, celle de base, est la « loi du 15 septembre 1935 pour la protection du sang allemand et de l'honneur allemand ».
« Pénétré de la conscience que la pureté du sang allemand est la prémisse de la perpétuation du peuple allemand et inspiré de la volonté indomptable d'assurer l'avenir de la nation allemande, le Reichstag a adopté à l'unanimité la loi suivante, qui est proclamée par les présentes :« § 1. — Les mariages entre Juifs et sujets de sang allemand ou assimilé sont interdits...« § 2. — Le rapport extra-marital entre Juifs et sujets de sang allemand ou assimilé est interdit.« § 3. — Les Juifs ne peuvent pas utiliser au service de leurs ménages des femmes de sang allemand ou assimilé âgées de moins de quarante-cinq ans.« § 4. — II est interdit aux Juifs de pavoiser aux couleurs allemandes nationales. Par contre, ils peuvent pavoiser aux couleurs juives : l'exercice de ce droit est protégé par l'Etat.« § 5. — Les infractions au § 1 seront sanctionnées par une peine de réclusion. Les infractions au § 2 seront sanctionnées par une peine d'emprisonnement ou une peine de réclusion... »Des ordonnances d'application, des dispositions relatives au cas des « Mischlinge » (« métis ») suivent quelques semaines plus tard.Ces lois ont un sens profond : elles sont étroitement liées au phénomène national-socialiste en son ensemble : elles étaient essentielles pour le succès du IIIe Reich. Et sans elles l'extermination des Juifs n'eût pas été possible. Nous les appellerons (ainsi que certaines autres, qui leur font suite) mesures « sacrales », par opposition aux premières mesures antijuives, que l'on pourrait qualifier de mesures « profanes ». Celles-ci correspondent à un appareil discriminatif à l'égard de minorités (qui ne sont pas nécessairement juives : étrangers, indigènes, etc.) fort souven...
S'identifier pour envoyer des commentaires.