• par (Libraire)
    6 mai 2020

    "Antonio José Bolivar Proano savait lire, mais pas écrire. [...]
    Il lisait lentement en épelant les syllabes, les murmurant à mi-voix comme s'il les dégustait, et, quand il avait maîtrisé le mot entier, il le répétait d'un trait. Puis il faisait la même chose avec la phrase complète, et c'est ainsi qu'il s'appropriait les sentiments et les idées que contenaient les pages.
    Quand un passage lui plaisait particulièrement, il le répétait autant de fois qu'il l'estimait nécessaire pour découvrir combien le langage humain pouvait être aussi beau.
    Il lisait en s'aidant d'une loupe, laquelle venait en seconde position dans l'ordre de ses biens les plus chers. Juste après le dentier."
    .
    Premier roman de l'auteur chilien traduit en France et publié en 1992 aux éditions Metailié.
    Ce court texte nous raconte Antonio José Bolivar Proano, homme vieillissant qui vit seul dans une cabane sur les rives du fleuve Amazone et dont l'unique distraction est ses romans d'amour.
    Antonio a eu plusieurs vies, dont une au contact des Shuars, peuple indigène qui a toujours respecté la nature et toujours su que ce n'était pas l'homme qui avait le pouvoir dans la forêt mais la forêt et ses habitants, et toutes les armes de la terre n'y pourront rien.
    La vie quotidienne du petit village est troublée par le massacre d'un gringo, chasseur qui a perdu face à sa proie, une panthère.
    Pour ramener le calme dans la région, plusieurs hommes du village dont Antonio partent en mission pour retrouver cette bête féroce.
    Un texte empreint d'humour (avec une belle galerie de personnages), de poésie, mais aussi de gravité car le message sous-jacent est que l'homme ne respecte plus la nature, et que sa barbarie a atteint ce lieu que l'on pensait pouvoir préserver.


  • par (Libraire)
    21 mars 2020

    la lecture pour s'ouvrir à la beauté du monde.

    Luis Sepulveda a étudié l’impact de la colonisation en Amazonie. Il s’immerge une année avec les indiens Shuars qu’il met en scène dans Le vieux qui lisait des romans d’amour. Une plongée au cœur de la forêt où des indiens sont accusés du meurtre d’un homme blanc. Ils seront innocentés par le vieil Antoñio qui reconnait dans les blessures du cadavre, les coups de griffe d’un jaguar.
    La vie d’Antonio a été métamorphosée grâce à l’apprentissage de l’art de vivre en forêt. Mais sa plus belle découverte restera la lecture, celle qui donne le pouvoir de voyager et de divaguer sur les mystères de l’amour.
    Un roman à savourer, à lire et à relire plusieurs fois comme Antonio José Bolivar Proaño, en lisant à mi-voix des mots si beaux qu’ils permettent parfois d’oublier la barbarie des hommes.


  • 6 juin 2015

    Coup de coeur d'Aurélia

    Suivez les pas d'Antonio au cœur de la forêt amazonienne grouillante de vie. Un héros au cœur tendre et juste auquel on s'attache immédiatement !

    "Le vieux qui lisait des romans d'amour" est un très beau conte philosophique qui m'a rappelé dans certains passages "Le vieil homme et la mer" d'Hemingway.

    A lire absolument.

    Aurélia


  • 24 février 2011

    Un magnifique conte au coeur de la forêt amazonienne

    L’histoire de cet homme est émouvante : déchiré entre son statut et ses habitudes d’homme blanc, il aimerait pourtant se fondre dans la forêt amazonienne comme les Indiens Shuars. Il tente d’œuvrer pour cet idéal harmonieux, mais se heurte sans cesse à des difficultés liées aux hommes et au progrès.


    « Tu es le chasseur des Blancs, tu as un fusil, tu violes la mort en l’entourant de douleur. » (p. 118)

    - Pour oublier cette difficile adaptation, notre vieil homme se plonge dans la lecture de romans d’amour, qui le coupent du monde et lui font entrevoir un univers enchanteur.

    « Antonio José Bolivar ôta son dentier, le rangea dans son mouchoir et sans cesser de maudire le gringo, responsable de la tragédie, le maire, les chercheurs d’or, tous ceux qui souillaient la virginité de son Amazonie, il coupa une grosse branche d’un coup de machette, s’y appuya, et prit la direction d’El Idilio, de sa cabane et de ses romans qui parlaient d’amour avec des mots si beaux que, parfois, ils lui faisaient oublier la barbarie des hommes. » (p. 130)

    - Ce conte aux allures philosophiques est admirablement bien construit, parfaitement équilibré. Il est dédié à Chico Mendès, devenu le symbole de la lutte ouvrière pour la préservation de la forêt amazonienne et de ses ressources naturelles face aux grands propriétaires.